Kristina's blog

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mercredi, mars 5 2008

Hallucinations

Un jour, mon père ramena d'une brocante un curieux objet. Semblable à un vase de verre transparent, il trônait sur la table de la salle à manger, où nous nous apprêtions justement à dîner. Je m'approchai avec curiosité, et demandai de quoi il s'agissait. Le verre translucide avait en effet la forme surprenante d'une sphère considérablement aplatie. Ce Smarties de verre géant prolongeait son hémisphère supérieur d'un goulot étroit, s'élargissant progressivement vers le ciel. C'est une cruche, déclara mon père d'un air savant. L'objet fascinant, tout en courbes et reflets, semblait venir d'un autre monde, et un nom si banal paraissait pour le définir absolument grossier.

Une étrange boule d'argent striée de rainures profondes somnolait, coincée dans le goulot. Elle était surmontée d'une tige, d'argent elle aussi, permettant de l'ôter aisément. Je commençai à jouer avec la boule, la soulevant et la replaçant dans son trou de verre tintant, lorsque je fus interrompue par mon père. Il s'apprêtait à faire la démonstration, une bouteille de rouge à la main.

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jeudi, décembre 13 2007

Délivrée

Dans la rue bondée, les gens se pressent, s'agitent d'un magasin à l'autre. Je me glisse de colonne en colonne, souple et silencieuse, le col de la veste relevé sur les joues. Une douleur lancinante s'accroche à mon estomac. Je sens la menace d'une nouvelle attaque plâner alentours. Ho non, c'est une fille du cours qui arrive en face. Ma trajectoire dévie d'elle-même vers la gauche, innocemment. Pourvu qu'elle ne me voie pas. Qui parle du stress des examens? Ma plus grande terreur, c'est d'entendre soudain dans mon dos cette voix teintée de fausse sympathie prononcer mon prénom, me demander aigrement comment je vais avant de se jeter sur la question cruciale qui est sur toutes les lèvres. Les doigts se tordent, les regards glissent et fuient, le ton est hésitant. C'est tout un art d'attirer la pitié, mine de rien...

Le râle des photocopieuses souffle au loin. Le visage engourdi par le froid, elle observe, tapie dans l'ombre, la danse des rapaces rôdant à proximité des auditoires. Les feuilles de notes, noircies à grandes douleurs de poignet tout au long du quadrimestre, s'arrachent et s'engloutissent en un instant, telles la chair d'un cadavre en proie aux charognards.

Un mince sourire se dessine peu à peu sur ses lèvres gelées. Pas moi. Plus cette année.

mardi, novembre 20 2007

Voyage au pays des songes

Quand j'étais petite, je croyais qu'il était possible d'attraper la lune. En grimpant très haut et en étirant fort le bras, de la même façon qu'on attrape la plus belle pomme qui nous nargue au sommet de l'arbre. Souvent, le soir, je collais mon nez à la fenêtre du palier, après avoir éteint toutes les lumières, et je contemplais en silence le disque pâle habillé de brumes. Seule dans l'escalier venteux et sombre, les mains en visière autour de mes yeux contre la vitre froide, je ne faisais que regarder, de longues minutes durant. Lorsque la buée laissée par ma respiration commençait à me brouiller la vue, je grimpais sur la marche d'à côté et reprenais cette étrange observation, retenant mon souffle.

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lundi, octobre 15 2007

Autoportrait métaphorique

Guitare main droite Des angles pointus et graciles d'une adolescente maigrelette aux courbes de femme enceinte, du teint simple et naturel aux agréments les plus fantaisistes, mes couleurs et formes varient infiniment selon le goût et l'humeur. On m'oublie souvent, dans les grands flonflons des fanfares, dans les orchestres tonitruants de tubes et d'archets où je me sens muette. Cependant, je peux vous surprendre bien plus que vous ne le pensez. Sous des apparences timides et calmes, j'ai tout de même plus d'une corde à mon arc. Précises et émouvantes sont mes aiguës, chaleureuses et profondes sont mes basses. Peut-être mon atout serait-il ma grande sensibilité: nul souffle, nul effleurement ne m'échappe, je frémis à la plus légère harmonique, au plus doux des vibratos, et je les répercute à l'infini. Permettez-moi de vous dévoiler aujourd'hui le mystère d'un tempérament riche et nuancé...

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dimanche, juillet 22 2007

Solitude

Elle leva les yeux vers sa fenêtre, un profond soupir lui échappa. Le ciel était déséspérément gris. Si terne, si glauque, à en oublier jusqu'à l'existence des couleurs... Elle eut envie de parler avec quelqu'un. De n'importe quoi. Il faisait si calme, un calme à vous rendre sourd. Elle fit quelques tentatives. Timides, certes, mais comment ne pas percevoir cette solitude dans sa voix ? En vain...

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dimanche, juin 24 2007

Thank you Africa

Premiers jours de vacances. Les nuits sont si courtes, je suis vidée de toute énergie. Après une après-midi épuisante à la braderie de Wavre, j'arrive en courant à la gare et rate bien sûr le train. Une femme me dit qu'un train pour Ottignies arrive voie 5 dans quelques minutes. Quand celui-ci entre en gare, je monte dedans sans plus réfléchir, m'écroule sur une banquette et m'endors aussitôt. La surprise est assez mauvaise au réveil : le train file tout droit vers Leuven !

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samedi, mai 19 2007

Joli mois de mai

Levée de bonne heure, contrairement à mes habitudes, et armée de mon fluo, je respire un grand coup et m'installe courageusement à ma table. Mon syllabus d'approche diachronique du français m'attend les bras ouverts. Long temps de mise en concentration de mon esprit. Indépendamment de la résistance plus ou moins grande qui est propre à chaque consonne en particulier, les principaux facteurs... Je m'interromps un instant pour fermer la fenêtre, en dépit de la chaleur. Le chien du haut de la rue hurle à la mort parce qu'il se sent abandonné. Pauvre bête, je pleurerais bien avec toi mais là, j'ai certaines affaires qui me retiennent. Horreur, même la fenêtre fermée je l'entends...

Après une matinée peuplée de consonnes constrictives et de japements lancinants, voilà que l'après-midi débute avec une folle partie de pétanque dans le jardin d'à-côté. Hum, bien arrosée, la partie de pétanque, à ce que j'entends. Restons calme. Caaaalme. Humpff. Voilà. Les voyelles nasales.

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lundi, mai 14 2007

Nostalgie

La montée était rude. J'arrive en nage au sommet de la côte, je n'en puis plus. Effondrée sur le guidon de mon vélo, je cherche à reprendre un semblant de souffle, tandis qu'au loin, Youri décrit des cercles impatients. "Bon alors Kri, qu'est-ce que tu fous, tu comptes les pâquerettes?" Très amusant, les ballades à vélo avec son petit frère de 12 ans, surtout quand il fait trois allers-retours sur le temps qu'on en fait un seul. Et ma mère qui avait décrété que ça me ferait du bien, une petite ballade à vélo ! La vague impression de m'être encore fait avoir commence à s'insinuer dans mon esprit. C'est alors que je prends soudainement conscience de l'endroit où je me trouve...

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mardi, mai 8 2007

L'Université... de grands intellectuels...

Ouf, fini ! Je contemple mon travail de long en large, relis avec satisfaction le fruit de longues heures de réflexion sémio-pragmatique. Ca devrait au moins faire un 14 ça. Avec tout le mal que je me suis donné ! Je commence à copier-coller mon oeuvre dans le formulaire prévu à cet effet sur le site internet du cours, lorsque soudain, le désastre traditionnel survient...

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dimanche, avril 22 2007

Nuit blanche mémorable

5h45. Un réveil sonne dans une chambre en-dessous. Déjà ? Je repousse ma chaise et m'étire péniblement. Je ne peux plus voir cet écran, ma vue se brouille. Marie ne réagit plus sur le chat, elle a dû s'endormir sur son clavier. Je décide de faire une pause et de descendre déjeuner avec ma mère, ça me tirera peut-être de mon semi-coma. Mes doigts glacés et engourdis répondent à peine, plus la peine d'essayer de continuer à taper. Et la lutte contre le sommeil devient terriblement pénible. "Si je m'endors, je suis fichue pour de bon". Tout en descendant lentement les escaliers, j'essaie de me recomposer un visage humain. Les bruits de la cuisine sont comme autant de décharges électriques pour mon cerveau. Maman, en pleine forme pour sa journée vélo à la mer, avec son jus d'orange et sa bonne mine, me fait penser que je dois avoir le teint d'un extraterrestre. Je m'assieds péniblement, évitant de grimacer de douleur. Mes paupières sont lourdes. Au secours, je vais sombrer...

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vendredi, avril 6 2007

Promenade nocturne

Il suffit d'un rien parfois. Une chiure de mouche dans l'univers, et on pète les plombs. On a subitement des envies de meurtre, de destruction. Vite, sortir, avant de tout casser!

La porte claque, je n'entends déjà plus les voix inquiètes qui m'appellent. La rue est sombre et calme. C'est alors que tous mes muscles se bandent et que je me mets à courir, vite, très vite. Courir, jusqu'à ce que les tendons claquent, jusqu'à ce que les poumons explosent. Le temps, le monde n'existent plus. Il ne reste que moi et ma colère, et je cours.

Rue_sombre.jpgTout aussi brutalement, sans raison, je finis par m'arrêter. Le souffle court, les jambes douloureuses, je me remets à marcher, lentement. Longuement. Les minutes passent ainsi et mon cerveau se vide. Je ne sais pas où je vais. Peu importe. Mes pieds avancent, lentement. Je ne sais plus qui je suis. Je suis vide. La colère m'a quitté, me voilà comme anesthésiée. Les rues défilent, le temps passe. Il n'y a plus rien en moi. Le néant. Un corps engourdi déambule dans la nuit, livré à lui-même.

Et puis soudain, retentit un éternuement lointain, dans une maison alentour. Tiens... il y a des humains ici. Je continue à marcher, et peu à peu mes sens sortent de leur engourdissement. Une odeur de vieux goudron, de pluie passée, de feu de cheminée. Les minutes s'écoulent, et je reviens doucement à la vie. Quelque chose bouge à ma droite, je sursaute. Un hérisson gratte dans une pelouse, à quelques mètres, éclairé de lune. Il lève le nez vers moi et me dévisage tranquillement. Tiens... qu'est-ce que je fiche dans la rue à cette heure moi ? Quelle mouche m'a piquée ?

mardi, mars 27 2007

Les Tuniques Bleues

tuniques_bleues1.jpgLes Tuniques Bleues... J'en vois déjà sourire, mais je ne peux pas manquer de parler de ce chef-d'oeuvre de la bande dessinée! Voilà bientôt 40 ans que les aventures de Blutch et Chesterfield naquirent sous la plume de Salvérius et Cauvin. Et une bonne dizaine d'années que je lis et relis mes vieux albums tout cornés, avec le même plaisir...

Ce que je trouve extraordinaire, tant dans le dessin de Lambil que dans le scénario de Cauvin, c'est le cynisme décapant qui caractérise la relation entre les deux héros. Cet humour particulier a vraiment eu le don de me plaire, au point de déteindre sur mon caractère. Rien n'est plus savoureux que ces répliques cassantes, cyniques, voir même sadiques que se balancent Blutch et Chersterfield à la figure! Mais où donc Cauvin va-t-il chercher tout ça ? Sans parler du génie de Lambil pour dessiner les mimiques, du sourire sadique de Blutch à la fureur de Chesterfield. Amoureux de la répartie, vous ne pourrez pas résister!

Il est intéressant de constater que ces dialogues explosifs sont, malgré ce qu'on pourrait croire, signe d'une amitié hors du commun... Comme dit le proverbe, qui aime bien châtie bien, et à ce sujet, je pense que Marie-Hélène et moi on s'adore ! ;-)

Un blog, moi ?

Voilà un moment que je me tâte en me demandant : à quoi pourrait bien me servir un blog ? Après m'en être longuement moqué, je ne voudrais surtout pas d'un blog qui se résume à un étalage cu-cul de photos de chats ou de copines, avec les commentaires les plus stupides et hypocrites au monde.

Ayant toujours aimé écrire, mais ne sachant jamais trop par quel bout le prendre, je me suis finalement dit que ce blog pourrait être une bonne occasion. Nous verrons ce que ça donnera ! Merci à Ploum pour le coup de pouce... ;-)