Il suffit d'un rien parfois. Une chiure de mouche dans l'univers, et on pète les plombs. On a subitement des envies de meurtre, de destruction. Vite, sortir, avant de tout casser!

La porte claque, je n'entends déjà plus les voix inquiètes qui m'appellent. La rue est sombre et calme. C'est alors que tous mes muscles se bandent et que je me mets à courir, vite, très vite. Courir, jusqu'à ce que les tendons claquent, jusqu'à ce que les poumons explosent. Le temps, le monde n'existent plus. Il ne reste que moi et ma colère, et je cours.

Rue_sombre.jpgTout aussi brutalement, sans raison, je finis par m'arrêter. Le souffle court, les jambes douloureuses, je me remets à marcher, lentement. Longuement. Les minutes passent ainsi et mon cerveau se vide. Je ne sais pas où je vais. Peu importe. Mes pieds avancent, lentement. Je ne sais plus qui je suis. Je suis vide. La colère m'a quitté, me voilà comme anesthésiée. Les rues défilent, le temps passe. Il n'y a plus rien en moi. Le néant. Un corps engourdi déambule dans la nuit, livré à lui-même.

Et puis soudain, retentit un éternuement lointain, dans une maison alentour. Tiens... il y a des humains ici. Je continue à marcher, et peu à peu mes sens sortent de leur engourdissement. Une odeur de vieux goudron, de pluie passée, de feu de cheminée. Les minutes s'écoulent, et je reviens doucement à la vie. Quelque chose bouge à ma droite, je sursaute. Un hérisson gratte dans une pelouse, à quelques mètres, éclairé de lune. Il lève le nez vers moi et me dévisage tranquillement. Tiens... qu'est-ce que je fiche dans la rue à cette heure moi ? Quelle mouche m'a piquée ?