Un quart d'heure plus tard, me voilà de nouveau deux étages plus haut face à l'écran, emballée dans une couverture avec ce maudit café. Je me sens tout de même un peu mieux. Et c'est reparti. Vers 7h30, Marie émerge, elle s'était bel et bien assoupie devant son ordi. Dans une heure, mon cours de grammaire espagnole commence... Non. Je ne pourrai pas. C'est au-delà de mes forces, et il faut que je termine ! Après cinq secondes d'hésitation, toute ma matinée de cours se voit allègrement sacrifiée au profit de ce travail absurde.

9h30. Je me mets à halluciner. Qu'est-ce que Lionel fait dans le "Don Quichotte", avec la mule de Sancho Panza? Hum... j'ai dû l'effrayer avec ça, il va se coucher. Après tout au Mexique il est 2h30 du matin. QUOI? Au lit, garnement! Est-ce que je me couche si tard moi, mmh?

10h. La communication devient compliquée avec Marie, je ne comprends plus ses questions. "On met "montaigne", dans référence blablabla, ou juste la référence?" "Quoi?? De quoi tu parles?" Sans bouger de ma chaise, je réussis à me cogner partout. Hum. L'heure est grave. Comment faire le compte-rendu d'une monographie de 170 pages sans l'avoir lue? Bah, les journalistes y arrivent bien, pourquoi pas moi après tout...

11h30. La fin approche, je me secoue pour la dernière ligne droite. J'ai bâclé le compte-rendu, oubliant la moitié de l'ouvrage, mais ça ne fait rien, d'après Marie. 12h30. Débat mémorable sur les notes en bas de page, je cite : - moi : comment tu cites ton extrait ? Tu mets qui comme auteur, Polet ou Cervantès? - Marie-Hélène: ben Polet :D lol, il est temps d'arrêter Kri ;) - moi: ben c'est pas Polet qui a écrit mon extrait, c'est Cervantès :P -Marie-Hélène: heu non, c'est toi j'espère ^^ - moi: L'EXTRAIT - Marie-Hélène: ha :D - moi: on se demande qui a la tête le plus dans le cul - Marie-Hélène: gnagna :p

13h30. Relecture de mon oeuvre. Je me mets à avoir des doutes orthographiques effrayants. Marie débat sur ce qu'il faut mettre dans l'introduction et la conclusion du travail : "Quoi, tu mets "bienvenue" dans ton intro? =) N'oublie pas de mettre "gros bisous" pour Gaëtan a la fin"...

14h30. Mon travail est imprimé et agrafé. J'essaie de manger quelque chose, mais l'opération s'avère plus douloureuse que prévu : chaque mouvement de mâchoire me donne l'impression que mes tempes vont se déchirer, que les veines de mon crâne vont éclater. Tant pis pour mon estomac. Un quart d'heure plus tard, un zombie descend vers la gare. Pourquoi elle me regarde comme ça, la petite mémé avec son clebs ? J'ai la sensation que si j'accélère le pas, mes os se briseront comme du verre, mes muscles claqueront comme des cordes de guitare. Mes yeux me lâchent peu à peu, je vois flou.

15h30. Je rêve. C'est ce petit tas de feuilles misérable que je viens de déposer dans le casier de l'assistant qui est le responsable de mon état actuel. Je savais qu'il me tuerait. Ce n'était pas loin... Le zombie se remet en branle et se traîne jusqu'à la place de l'Université, où il commate une demie-heure sur le bord de la fontaine. Toujours pas de Marie-Hélène. Je décide d'aller me coucher et reprends le train pour Ottignies. Une copine assise en face de moi me parle, j'ose à peine la regarder dans les yeux de peur qu'elle ne s'enfuie en hurlant. Arrivée sur le quai, un message de Marie qui me cherche à LLN. Zut, je repars dans l'autre sens. Dans le train, je reçois "reste à Ottignies". Et merde, trop tard. Deux minutes plus tard, me re-voilà à LLN. Sur le quai d'en face, un train bondé pour Ottignies, dans lequel je m'engouffre. Mon gsm vibre, j'ai juste le temps de lire "Rhaaa, bouge plus!", et de bondir hors du train, pile avant que les portes ne claquent. Quel cirque ! Je m'écroule sur le quai, le dos contre un pylône, et ne bouge plus d'un poil durant de longues minutes, complètement anesthésiée. Un train arrive, une marée humaine se déverse autour de moi. Soudain, Marie surgit et me secoue, je sursaute. Ha, quel bonheur de voir un autre zombie que celui du miroir de ma chambre !

Quinze minutes plus tard, nous voilà assises au soleil sur la Grand Place avec un cornet de glace, à converser dans un langage semi-humain, plutôt que d'aller enfin se coucher. Tiens, un message de Sabine : "Il m'a dit que je pouvais le rendre lundi! Je le trouve adorable tout d'un coup!" RHA ! Étrange, mais moi pas. J'ai plutôt envie de l'assassiner, subitement... De le faire mourir dans d'atroces souffrances en le forçant à avaler tout rond mon travail de critique de l'info... Pfff, même plus envie d'aller dormir !