Nostalgie
Par kristina le lundi, mai 14 2007, 01:30 - Lien permanent
La montée était rude. J'arrive en nage au sommet de la côte, je n'en puis plus. Effondrée sur le guidon de mon vélo, je cherche à reprendre un semblant de souffle, tandis qu'au loin, Youri décrit des cercles impatients. "Bon alors Kri, qu'est-ce que tu fous, tu comptes les pâquerettes?" Très amusant, les ballades à vélo avec son petit frère de 12 ans, surtout quand il fait trois allers-retours sur le temps qu'on en fait un seul. Et ma mère qui avait décrété que ça me ferait du bien, une petite ballade à vélo ! La vague impression de m'être encore fait avoir commence à s'insinuer dans mon esprit. C'est alors que je prends soudainement conscience de l'endroit où je me trouve...
Je passe lentement le long du grillage. Le gamin a pris une longueur d'avance. Seuls les tours de roue agonisants de mon vélo troublent le silence étrange qui s'est installé. Avec émotion, je contemple la vieille bâtisse de mon école primaire, et la cour de récré qui s'étend sous mes yeux. Tiens, ils ont rajouté un auvent blanc près des classes de quatrième, c'est affreux. Et ils ont repeint le panneau de basket en rose ! Et puis ces bancs en plastique bordeau, déjà à moitié réduits en miettes par les enfants, c'est absurde. Elle a changé, mon école, en huit ans.
Mais, surtout, elle est devenue si petite ! Je réalise qu'en un seul regard, je peux embrasser presque toute la cour de récré, cette cour qui me paraissait immense, et dont je ne me lassais pas... Combien de jeux, de courses folles n'a-t-on pas vécus sur ces vieilles dalles ? Combien d'histoires n'a-t-on pas inventées, combien de secrets n'a-t-on pas racontés entre les maigres racines du vieux sapin ? Toute mon enfance réside dans cette petite cour, que prolongeait une immense prairie autrefois.
Les souvenirs se bousculent dans ma tête, des larmes d'émotion me montent déjà aux yeux, lorsque mon petit frère déboule brusquement sur son destrier, brisant mon silence recueilli d'un coup de frein sec. "Quoi, qu'est-ce que tu regardes? Le nouveau préau?" Bien sûr, lui qui encore l'année passée jouait dans cette cour, il ne pouvait pas comprendre !
"Oui, c'est ça, il est hideux le nouveau préau." Et d'un bon coup de pédale, je m'élance, espérant prendre une longueur d'avance sur le gamin, et surtout éviter qu'il ne continue à me regarder avec ce petit air amusé...
Commentaires
rhaaaaaaa.... J'en ai la larme à l'oeil tellement c'est vrai, tellement c'est ce que je ressent. Sauf que je le ressent moi maintenant pour mon école secondaire quand j'y repasse.
Ce qui me choque le plus c'est cette sensation d'être chez moi, dans un lieu que je connais hyper bien, jusque dans les felures des pavés et, pourtant, d'être un intrus, de ne plus avoir ma place.
Mais bon, en ce qui concerne le vélo, faudra travailler ton endurance mon coeur, on ira faire des ballades avec Loïc et tu verras ce que c'est de nous suivre tous les deux
Oui, je ressens aussi très fort cette sensation d'étrange familier. Je reconnais chaque recoin, je me sens chez moi et je dis mon école, et pourtant je me sens terriblement étrangère, cette école appartient à d'autres enfants aujourd'hui... Hé oui, le temps passe et on ne le rattrape pas !
Pour la ballade avec Loïc, je pense que je vais y réfléchir à deux fois ! :-P
Je maintiens mon premier avis: il est pas joyeux ce texte, sûrement parce que c'est nostalgique
(mouarf, Marie, tu nous épates..!)
J'ai souvent ce sentiment-là, avec tout ce qui relève du passé au fait, même proche: je m'efforce toujours de figer dans ma mémoire les instants qui me semblent uniques, tout en sachant pertinemment que si je retourne dans ces mêmes endroits, je serai déçue de voir que le temps ne me permet plus d'actualiser ces souvenirs.

C'est ça grandir, des lieux cultes qu'il faut céder à d'autres, même si à nos yeux ils nous sont exclusivement réservés...
HEUREUSEMENT, je vis encore beaucoup de choses qui me rendront nostalgique plus tard, et c'est sûrement ça le plus important, continuer à vivre des moments que l'on voudrait éternels
PS (Juste pour casser l'ambiance philosophico-dramatique): C'est qui Loïc?
On est toujours un peu déçu de revoir certains lieux, mais pourtant, je trouve ça terriblement émouvant et troublant. Je ne comprends pas ceux qui se refusent à retourner à certains endroits de leur enfance de peur d'être déçus...
Marie > Loïc est le petit voisin de Lionel. Il est à croquer, mais au souvenir de ce qu'il m'a raconté de leurs ballades à vélo, j'éprouve quelques réticences à m'imaginer avec eux ! lol.