Une heure plus tard, la partie de pétanque semble calmée, et me voilà bien sur ma lancée, partie pour rester concentrée jusqu'au soir. Malheureusement, le sort en avait décidé autrement... BRRRRRRRRRRRRRRR... Ca y est, John débarque, on l'entend à dix kilomètres à la ronde. Il laisse tourner dans l'entrée sa merveilleuse moto trop-de-la-mort, trafiquée à souhait. Les minutes s'écoulent, j'attends calmement qu'il coupe le moteur. Ne pas s'énerver, c'est normal après tout, les jeunes ont besoin de faire du bruit pour se sentir exister. Il est encore au stade anal freudien, comme dirait monsieur Wattiaux, c'est vital pour lui de pétarader. Il faut être compréhensif. Le moteur enfin coupé, c'est la voiture qu'il démarre, avec la stéréo en cadeau-bonus. Je n'ai rien contre le rap, absolument rien, mais à ce volume, je pourrais porter plainte pour agression physique. Voir même mentale, les paroles sont tellement incisives. "Moi j'te kiffe, meuf, yo yo. Alors file moi ton numéro-o-ow".

Quelques "chansons" plus tard, mon voisin préféré se décide enfin à poser ses fesses derrière le volant et à me f... le camp. J'ai juste le temps de laisser s'échapper un soupir de soulagement, lorsque soudain toussotte la première tondeuse de la journée. Et voilà, le bal est ouvert... car en effet, lorsqu'un des habitants du quartier prend la merveilleuse initiative de tondre sa pelouse, il déclanche une espèce de reproduction en chaîne qui fait écho dans tout le Petit-Ry.

Fin d'après-midi. Le front sur les poings, à bout de force, j'entends mon frère et ma mère s'engueuler pour une nouvelle question existentielle. C'est alors que j'ose me souvenir de mon étouffante, insupportable bibliothèque, où l'on ne peut ni boire, ni manger, ni tousser, ni étudier à voix haute bien sûr. Mon ultime recours. Mon dernier espoir. À contre-coeur, je rassemble en hâte mes feuilles éparses et m'apprête à partir, lorsque retentit le typique appel à table strident de ma mère. Trop tard, pour la bibli... Bon, demain je me rendrai en bibli dès le matin, par prévention.
Mais le lendemain matin, dans mon infinie confiance en la nature humaine, j'ose naïvement croire qu'il fera calme dans le quartier, et balance aux oubliettes l'austère bibliothèque de philo et lettres. Erreur fatale, dont je ne prends pleinement conscience qu'une fois exténuée, vers la fin d'après-midi...