Je résiste à l'envie de descendre au premier arrêt venu, car avant Leuven, ce ne sont que trous paumés et villages déserts où un train passe toutes les deux heures. Seule solution : se farcir Leuven, et puis repartir dans l'autre sens pour Ottignies. Galèèère ! J'ai plein de choses à faire, je suis crevée et je me retrouve à claquer ma tune et à perdre une heure avec ce petit circuit imprévu...

Après avoir pesté sur tout le trajet jusqu'à Leuven et m'être retrouvée enfin dans la direction d'Ottignies, je finis par me laisser submerger par la fatigue et m'affaisse la tête dans les bras sur la tablette. C'est en arrivant à la gare de Walibi que je suis réveillée en sursaut : toute une bande de marocains et d'africains débarquent dans mon wagon, sortent les djembés et autres instruments et se mettent à jouer et chanter comme des fous. Encore toute chiffonnée de sommeil, je regarde la troupe, hallucinée. Je me mets à sourire sans savoir pourquoi. Toute l'Afrique était dans mon train, comme un grand coeur battant. Le train filait, et dans le voisinage on devait entendre passer les rythmes endiablés à deux kilomètres à la ronde. Arrivés à Ottignies, la bande remballe les instruments tout naturellement, et chacun repart de son côté. Moi, les rythmes de l'Afrique cognant encore dans ma poitrine, et un sourire insensé aux lèvres, eux, le vague souvenir d'un zombi mal luné à moitié réveillé dans le wagon...
Ya pas à dire, il en faut peu pour être heureux, il suffit d'y penser !