Dans la rue bondée, les gens se pressent, s'agitent d'un magasin à l'autre. Je me glisse de colonne en colonne, souple et silencieuse, le col de la veste relevé sur les joues. Une douleur lancinante s'accroche à mon estomac. Je sens la menace d'une nouvelle attaque plâner alentours. Ho non, c'est une fille du cours qui arrive en face. Ma trajectoire dévie d'elle-même vers la gauche, innocemment. Pourvu qu'elle ne me voie pas. Qui parle du stress des examens? Ma plus grande terreur, c'est d'entendre soudain dans mon dos cette voix teintée de fausse sympathie prononcer mon prénom, me demander aigrement comment je vais avant de se jeter sur la question cruciale qui est sur toutes les lèvres. Les doigts se tordent, les regards glissent et fuient, le ton est hésitant. C'est tout un art d'attirer la pitié, mine de rien...

Le râle des photocopieuses souffle au loin. Le visage engourdi par le froid, elle observe, tapie dans l'ombre, la danse des rapaces rôdant à proximité des auditoires. Les feuilles de notes, noircies à grandes douleurs de poignet tout au long du quadrimestre, s'arrachent et s'engloutissent en un instant, telles la chair d'un cadavre en proie aux charognards.

Un mince sourire se dessine peu à peu sur ses lèvres gelées. Pas moi. Plus cette année.